L'auteur

Même s’il existe plusieurs candidats (dont un certain Luce de « La Salebière », en fait Salisbury, régulièrement cité dans les manuscrits), on ne connaît pas, en réalité, l’auteur de ce chef-d’œuvre.

Mais sans doute, étant donné le caractère populaire de ce récit, faut-il considérer qu’il y en a plusieurs, que l’œuvre, toujours remaniée au gré des copies, a été réinventée par chaque nouvel intervenant.

Commencent ici l'histoire et les aventures du très preux et très bon chevalier Tristan

Commencent ici l’histoire et les aventures du très preux et très bon chevalier Tristan traduites du latin en français par un noble chevalier d’Angleterre appelé Luce, seigneur du Château du Grand, près de La Salebière.

Après avoir lu et relu

Après avoir lu et relu par maintes fois le grand livre de latin, celui même qui raconte l’histoire du Saint Graal, je m’étonne fort qu’aucun homme sage n’ait entrepris de le traduire du latin en français ; ce serait une chose que pauvres et riches écouteraient volontiers les belles et plaisantes aventures qui advinrent en Grande Bretagne au temps du roi Arthur et qui sont, sans exception, la véritable histoire du Saint Graal comme nous en témoignons. Mais quand je vois que nul ne l’ose entreprendre, car ce serait une trop grande tâche tant l’histoire est longue et merveilleuse, moi, Luce, chevalier et seigneur du Château du Grand, proche voisin de La Salebière, amoureux et joyeux, entreprends de traduire du latin en français une partie de cette histoire, non pas que je sache parfaitement le français, car ma langue et ma façon de parler relèvent plus de la manière d’Angleterre que de la manière française, en tant que natif ; mais c’est ma volonté et mon intention de la traduire en langue française le mieux que je pourrai sans y mettre de mensonge et en toute vérité. Et je ferai savoir ce que le latin raconte de l’histoire de Tristan, le plus « souverain » des chevaliers qui fut jamais au royaume de Grande Bretagne au temps du roi Arthur, excepté Galaad, le très bon chevalier, et Lancelot du Lac. L’histoire en latin souligne clairement qu’il y eut au temps du roi Arthur trois chevaliers seulement qui acquirent une telle réputation dans le monde de la chevalerie : Galaad, Lancelot et Tristan. Et ces trois, le livre les place au-­dessus de tous les autres et en fait la plus grande louange. Et comme je connais la vérité de ce récit, je voudrai commencer l’histoire de Tristan et dirai de quelle façon.